En arrivant en Syrie, Marine souhaitait avant tout apprendre l’arabe. Comme elle, beaucoup d’étudiants étrangers (Occidentaux ou non) choisissent la Syrie pour approfondir leur connaissance de la langue arabe. La proximité entre l’arabe classique (enseignée à l’université) et le dialectal syrien (qui ne s’enseigne pas) et la connaissance très hasardeuse du français et de l’anglais par les Syriens garantissent aux étrangers dans ce pays une pratique quotidienne de l’arabe. Les étudiants Occidentaux désireux de maîtriser cette langue choisissent quasi systématiquement l’université pour prendre des cours, Sauf Marine, qui a décidé de fréquenter… l’école coranique de Damas.
Cette école lui offre quatre heures de cours chaque matin : vocabulaire, grammaire, syntaxe, et enfin lecture du Coran. Les sessions sont organisées sur 8 semaines, à la fin desquelles sont fixés des examens évaluant la progression des élèves. Marine a pour l’instant franchi ces échelons sans fausse note. Les garçons et filles sont bien évidemment strictement séparés. La plupart des camarades de classe de Marine sont d’origine non occidentale (Ouzbèkes, Turkmènes, Chinoises, Iraniennes, Burkinabées…).
L’école coranique de Damas n’a pas bonne réputation dans la région. Bien qu’il n’y ait rien à redire sur la qualité des cours administrés, le jugement est ici avant tout d’ordre moral religieux. Sans surprise, cette école est redoutée dans la capitale pour son conservatisme et son interprétation exigeante du Coran. Elle est probablement financée par l’Arabie Saoudite, et dirigée par un proviseur qui connaît de sérieux problèmes avec les services de surveillance locaux (il est d’ailleurs tout à fait possible qu’il soit en prison). Marine n’a pas encore réussi à déterminer avec précision la doctrine religieuse de l’établissement (souffi ? salaffiste ?).
Le choix de Marine n’a bien sûr pas été évident. Tous ses amis sur place l’ont mis en garde contre cette décision. De tradition protestante sans être pratiquante, Marine n’a aucune intention de se convertir. Différentes raisons expliquent son choix. Tout d’abord l’argent, un mois de cours d’arabe ne coûte que 30€ contre 250€ à l’université. Ensuite, la diversité de composition de la classe lui garantit de parler arabe avec ses camarades, ce qui n’est pas le cas à l’université, où les débutants en arabe ont tendance à se replier sur l’anglais ou le français pour communiquer entre eux. L’immersion dans la langue est donc entière. Sachant que Marine a déjà fréquenté quelques semaines l’université, et s’est liée d’amitié avec de nombreux étudiants étrangers sur place, elle n’a pas tellement besoin de continuer à enrichir son réseau social et peut donc se concentrer sur son principal objectif : acquérir les bases de la langue arabe. De manière surprenante, la lecture du Coran imposée par l’école lui facilite son apprentissage, le Coran étant le seul ouvrage dans lequel les voyelles sont inscrites dans les mots. L’enseignement de l’arabe y est également très scolaire, ce qui est fort utile pour une débutante. Enfin, elle s’intéresse particulièrement à la religion musulmane. Ce que lui offre cette école n’est rien de moins qu’un accès direct à une interprétation spécifique et rigide de l’Islam. Les histoires racontées dans cette école pour apprendre les bases de l’arabe sont toujours des histoires d’hommes résolvant tout un ensemble de problèmes moraux, notamment ceux des femmes, ou découvrant pour la première fois les merveilles de l’Arabie saoudite lors de son pèlerinage, le cœur rempli de joie malgré l’éloignement de la famille. Les histoires de Mahomet et des successeurs figurent bien évidemment en bonne place dans l’enseignement.
Les contraintes de cette décision ne sont pas minces. Marine doit garder un esprit critique toujours vigilent face aux enseignements coraniques de l’établissement. Elle doit faire attention à tous ses gestes (notamment sur la façon de prendre en main le Coran, dictée par de nombreuses règles selon les codes de l’islam radical). Elle doit bien évidemment cacher ses cheveux et couvrir toutes les parties de son corps. Elle porte un manteau long et le hidjab, voile ne laissant à découvert que la partie ronde du visage. Elle ne le porte fort heureusement que pendant les heures de cours et peut l’enlever sans problèmes en dehors de l’école.
Je la soupçonne de cultiver un goût particulier pour les immersions complètes dans les cultures locales (dans mes souvenirs, elle évitait consciencieusement tous les Français de Berlin pour se rapprocher de la langue allemande, ce en quoi elle n’avait pas tort), ce qui l’incite à fréquenter ce genre d’établissement. Après avoir découvert le radicalisme catholique jésuite de Stanislas à Paris en hypokhâgne BL, elle n’a pas hésité à mettre les pieds dans un endroit que bien d’autres (moi y compris) auraient radicalement évité par simple préjugé. Joli grand écart.
bonjour,
Tout d’abord merci pour ton blog et pour tes commentaires précieux qui m’ont fait voyagé. Je voulais te demander si tu pouvais me donner le nom de cette école coranique, elle m’interesse beaucoup. Merci d’avance
Je ne l’ai pas noté à la demande de mon amie, de peur que le nom de cette école étroitement surveillée en Syrie sur ce blog attire l’attention de la police secrète (et je ne plaisante pas). Je suis désolé mais je ne peux pas vous le donner, et je ne suis d’ailleurs même sûr de l’avoir noté dans mes carnets…
[...] 25 février. Une Française à l’école coranique. February 2010 2 comments [...]